À notre tour... Africa - Americas - Asia

Isa, Manu et Oscar

Trois portraits pour comprendre notre voyage

Un voyage se raconte souvent par les lieux traversés. Celui-ci se comprend aussi par ceux qui l'ont vécu. Pendant plus de cinq ans, notre aventure a reposé sur une petite équipe : Isabelle, Emmanuel, et Oscar, notre vieux Volkswagen LT35 de 1991. Deux personnes et un véhicule, bien sûr. Mais, avec le temps, cette description est devenue trop pauvre. Oscar a cessé d'être un simple moyen de transport. Il est devenu notre maison, notre refuge, notre signe de reconnaissance et, d'une certaine manière, le troisième personnage de l'histoire.

Les anciennes versions de cette rubrique présentaient Isa, Manu et Oscar séparément. Nous avons préféré les réunir ici, parce que le voyage n'a jamais été l'addition de trois trajectoires indépendantes. Il a été l'histoire d'un équilibre. Isabelle apportait l'élan, la chaleur humaine, la spontanéité, le rire et le goût des rencontres. J'apportais davantage la préparation, l'organisation, le regard analytique et la mise en récit. Oscar, lui, rendait tout cela possible en nous offrant une maison suffisamment petite pour rester libre, suffisamment solide pour aller loin, et suffisamment attachante pour devenir immédiatement reconnaissable.

Isa, Manu et Oscar à Las Vegas

Oscar n'a pas seulement été notre compagnon de route. Il fut aussi notre témoin, parfois presque notre médiateur : présent dans les moments de fatigue comme dans les moments de triomphe, jusque devant la chapelle de Las Vegas où nous nous sommes remariés.

Isabelle, l'élan

Isabelle avait rédigé avant notre premier départ un autoportrait très fidèle à ce qu'elle était alors : spontanée, directe, chaleureuse, très attachée à ses filles, à sa maison, à ses proches, à ses chats, aux plaisirs simples, et en même temps prête à tout quitter pendant un an pour vivre une aventure à deux. Ce texte disait déjà beaucoup de choses essentielles. Elle y parlait de notre histoire, de notre manière de nous être apprivoisés, de nos différences, de notre complémentarité, et de cette conviction très forte que le voyage serait aussi une recherche personnelle et une découverte de notre vie à deux sur la route.

Avec le recul, ce portrait prend une résonance particulière. Isabelle y apparaît exactement telle qu'elle fut dans le voyage : moins préoccupée par les cartes, les visas, les listes ou les plans que par l'expérience immédiate, les gens rencontrés, les animaux observés, les moments partagés, les occasions saisies. Elle savait entrer beaucoup plus facilement que moi dans la joie simple d'une situation. Elle riait, chantait, dansait parfois, sympathisait vite, et transformait souvent une rencontre ordinaire en vrai moment de convivialité.

Isabelle chantant aux Philippines
Isabelle avec deux chiots
Isabelle jouant dans une carapace de tortue

Trois facettes d'Isabelle : la joie simple d'un karaoké improvisé, la tendresse immédiate pour les animaux, et ce côté espiègle qui lui permettait d'entrer naturellement dans le jeu.

Elle fut aussi, sur notre chaîne YouTube, la moitié la plus immédiatement aimable de notre duo. Là où j'étais souvent plus analytique, plus long, plus critique, plus difficile à satisfaire, elle jouait naturellement un rôle de contrepoint : taquine, rieuse, complice du public autant que de moi. Avec le temps, ce duo « Isa et Manu » est devenu l'une des identités les plus fortes de notre voyage.

Son texte original reste disponible ici : l'autoportrait d'Isabelle avant notre premier départ.

Vidéo de présentation du projet

Présentation du projet

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Manu, le regard

Dans mon autoportrait de 2016, j'avais déjà exprimé une certaine méfiance à l'égard des présentations personnelles trop convenues. Je n'avais pas envie de me résumer à quelques traits de caractère anecdotiques, comme on le fait souvent dans les blogs de voyage. Je pensais, et je pense encore, que l'on comprend mieux quelqu'un à travers sa manière de penser, de juger, d'interpréter le monde, qu'à travers une liste de goûts ou de petits défauts supposés pittoresques.

Mon rapport au voyage était donc assez particulier. Je n'étais pas animé par une foi naïve dans l'ouverture illimitée, le nomadisme heureux ou la fraternité universelle des voyageurs. Je voyais déjà les ambiguïtés du tourisme, même lorsqu'il se présente sous des formes plus lentes ou plus modestes. Je savais que voyager implique toujours une part de contradiction : on veut découvrir des lieux préservés, mais le simple fait de les fréquenter participe déjà à leur transformation.

Ce regard critique ne nous a pourtant jamais empêchés de voyager. Il a plutôt accompagné notre manière de le faire. J'aimais préparer, comparer, réfléchir, choisir des itinéraires, chercher des contrastes, construire une cohérence. Le voyage m'intéressait autant comme expérience visuelle que comme mise à distance de notre vie ordinaire. J'y cherchais des paysages, des animaux, des scènes fortes, mais aussi une manière de vérifier ce que nous étions capables de vivre lorsque les cadres habituels disparaissaient.

Lors du second départ, cette motivation s'est précisée. Le premier voyage avait laissé un sentiment d'inachevé. Nous avions traversé l'Asie, l'Océanie et une partie du Pacifique, mais presque pas l'Afrique ni les Amériques. Le second voyage devait donc compléter l'ensemble, non pour atteindre une totalité impossible, mais pour donner à cette période de notre vie sa cohérence. Il devait aussi nous permettre d'explorer beaucoup plus profondément une forme de vie particulière : celle du voyage au long cours en véhicule aménagé.

Je conserve volontairement mes textes initiaux en marge de cette synthèse, parce qu'ils ont été écrits dans un contexte précis et avec des formulations que je ne souhaite pas réécrire après coup. Ils restent disponibles ici : la présentation initiale de Manu et son complément avant le second départ.

Manu cherchant une solution pour réparer Oscar pendant le confinement à Manizales

À Manizales, pendant notre confinement, je cherche une solution pour faire venir les pièces nécessaires à la réparation d'Oscar. Mon rôle fut souvent celui de la préparation, du regard, de la mise en récit… et de l'insatisfaction utile.

Oscar, le compagnon

Tous les voyageurs au long cours finissent sans doute par attribuer une personnalité à leur véhicule. Pour nous, ce processus fut très rapide. Oscar n'était pas seulement le moyen d'aller d'un point à un autre. Il était notre maison, notre lit, notre cuisine, notre bureau de montage, notre abri contre le vent, la pluie, le froid, la chaleur, la fatigue et parfois le découragement.

Le choix du véhicule avait pourtant commencé de manière très rationnelle. Il nous fallait un véhicule assez vaste pour être vivable au long cours, mais assez court pour rester maniable. Assez rustique pour encaisser les pistes, la poussière et les réparations approximatives, mais pas transformé en camion d'expédition lourd, coûteux et encombrant. Assez haut pour permettre un lit permanent et une vraie circulation intérieure, mais pas au point de devenir inutilisable sur les routes étroites, les ferries ou les parkings improvisés.

Nous avons trouvé cet équilibre avec un Volkswagen LT35 Reimo Florida de 1991. Oscar n'était pas un 4x4, et ce choix nous a longtemps interrogés avant le départ. À l'usage, il ne nous a presque jamais vraiment limités. Nous avons simplement appris à adapter nos ambitions aux capacités du véhicule. Nous ne cherchions pas le franchissement pour lui-même. Nous voulions aller loin, longtemps, avec un véhicule léger, compréhensible, réparable, sympathique et immédiatement identifiable.

Son nom aussi faisait partie de l'histoire. Oscar évoquait à la fois le scarabée, l'alphabet phonétique international, le carrosse, la maison roulante, Oscar Wilde, la vie sauvage, le compagnon fidèle, et même le chat insubmersible ayant survécu à plusieurs naufrages pendant la Seconde Guerre mondiale. Tout cela pouvait sembler un peu excessif pour un vieux fourgon allemand. Mais, au fond, c'était assez juste. Oscar avançait lentement, résistait plus qu'on ne l'aurait cru, et finissait toujours par repartir.

Pendant plus de cinq ans, il nous aura conduits de l'Afrique australe aux Andes, du Mexique à l'Alaska, de la Géorgie à l'Asie centrale, puis vers l'Europe du retour. Il aura connu les pistes, les ferries, la poussière, les frontières, les pannes, les bivouacs, les réparations de fortune, les parkings de supermarché, les parcs nationaux et les routes sans fin. Plus qu'un véhicule, il aura été le troisième compagnon de notre voyage.

La description technique complète d'Oscar, de son choix, de sa préparation, de son aménagement et de son nom reste disponible ici : la présentation complète d'Oscar.

Au fil des années, cette petite équipe a trouvé son équilibre. Chacun avait naturellement son rôle, sans qu'il ait jamais été véritablement défini : Isabelle apportait son enthousiasme, son sens des rencontres et sa spontanéité ; je m'occupais davantage de la préparation, des choix d'itinéraires, de l'organisation et de la mise en récit ; Oscar nous offrait cette liberté quotidienne qui rendait tout le reste possible. Nous ne pensions pas construire autre chose qu'un voyage. Avec le recul, nous comprenons que cette longue aventure a progressivement donné une cohérence nouvelle à notre manière de vivre, de travailler ensemble et de regarder le monde.

Les pages qui suivent ne reviennent plus sur les pays traversés ni sur les aspects pratiques du voyage. Elles tentent simplement de répondre à une question : qu'avons-nous réellement appris au cours de ces cinq années ?