À notre tour... Africa - Americas - Asia

Le voyage d’une vie

Bilan personnel de notre tour du monde 2020-2025

Ce bilan n’est pas une conclusion géographique. Les pays traversés, les kilomètres, les photographies, les vidéos, les paysages, les animaux et les rencontres existent déjà ailleurs sur ce site. Les pages pays, les albums et surtout les vidéos racontent beaucoup plus précisément ce que nous avons vu. Ici, il s’agit plutôt de comprendre ce que ce voyage a signifié pour nous, ce qu’il a changé, ce qu’il a révélé, et pourquoi j'ai fini par l’appeler, sans emphase mais sans hésitation non plus, le voyage d’une vie.

Le voyage raconté dans ce site est celui de 2020-2025, accompli avec Oscar, notre Volkswagen LT35 Reimo Florida de 1991. Mais il ne se comprend vraiment qu’en relation avec notre premier grand voyage de 2016-2017. Ces deux aventures ne furent pas deux épisodes séparés. Elles formaient les deux chapitres d’un même projet de vie. Le premier voyage avait ouvert la porte ; le second l’a franchie et poursuivi l'aventure beaucoup plus loin.

Nous ne nous sommes pourtant jamais définis comme des voyageurs professionnels, ni même comme des voyageurs par identité. Le voyage n’était pas pour nous une vocation ancienne, ni l’horizon ultime d’une vie qui aurait toujours tendu vers cela. Il fut d’abord une occasion. Une occasion de vivre ensemble, dans une période très particulière de notre existence.

Nous avions le sentiment d’avoir accompli l’essentiel de notre vie professionnelle. Nous avions travaillé sérieusement, mais sans avoir envie de prolonger indéfiniment cette partie de nos vies. Nous avions aussi organisé, depuis longtemps, les conditions matérielles d’une certaine indépendance. Rien ne nous était tombé tout cru dans le bec : nous avions vécu bien en dessous de nos revenus, économisé, préparé cette liberté, parfois quinze ans avant de l’utiliser vraiment.

Sur le plan familial, une fenêtre s’était ouverte. Nos quatre filles étaient devenues adultes. Elles avaient fait leurs études, commencé leur vie, et n’avaient plus besoin de notre présence quotidienne. Nous n’étions pas encore grands-parents. Nos parents, eux, étaient encore vivants et relativement autonomes. Entre le moment où les enfants deviennent indépendants et celui où les petits-enfants ou les parents âgés réclament davantage de présence, il existe parfois quelques années de liberté presque complète. Nous ne savions pas combien de temps cette parenthèse durerait. Nous avons choisi de l’habiter.

Isa et Manu en voyage

Le voyage ne fut pas une identité de substitution, mais une parenthèse assumée, une manière d’habiter pleinement quelques années de liberté.

Une tranche de vie plus qu’un programme

Nous n’avions pas fixé des objectifs extrêmement précis. Nous savions seulement que le voyage aurait probablement un début et une fin, en principe inscrits dans une durée totale de quatre années, plus tard devenues six, et même sur un intervalle de dix ans si l'on tient compte du premier tour du monde. C’est aussi pour cela que nous n’avons pas souffert au moment de conclure. Quand le retour est devenu nécessaire, nous avons eu le sentiment d’avoir achevé le projet à peu près comme nous l’avions vaguement imaginé au départ, sans jamais nous être enfermés dans un schéma définitif.

Nous ne voulions pas cocher une liste de pays. Nous ne cherchions pas à tout voir, ni à atteindre une sorte de totalité impossible. Nous voulions plutôt vivre une tranche de vie plus libre, plus intense, plus graphique aussi.

La dimension visuelle du voyage fut très importante pour moi. J’ai sans doute un rapport à l’image plus fort qu’à d’autres formes de perception. Je pensais donc que nous photographierions beaucoup, et c’est effectivement ce qui s’est produit. Mais nous ne cherchions pas une dominante unique. Ce qui nous intéressait, c’était le contraste entre les scènes : le bleu des lagons polynésiens et l’ocre des déserts australiens lors du premier voyage, les hautes altitudes du Népal et les profondeurs de la mer d’Andaman ou des Philippines, puis, plus tard, les déserts africains, les pistes andines, les forêts canadiennes, les steppes d’Asie centrale.

Le deuxième grand voyage prit naturellement sens par rapport au premier. En 2016-2017, nous avions découvert une partie de l’Asie, de l’Océanie et du Pacifique, mais nous n’avions presque pas touché à l’Afrique ni aux Amériques. Il était donc logique que le voyage suivant leur soit largement consacré. Ce n’était pas un impératif, mais un cadrage. L’Afrique, les Amériques, puis l’Asie centrale formaient une suite presque naturelle.

À l’intérieur de ce cadre souple existaient seulement quelques points fixes. Les éclipses en furent les meilleurs exemples. Nous avions raté celle des Andes à cause du Covid ; nous ne voulions pas manquer celle d’Amérique du Nord. Mais ces objectifs très précis n’étaient que des rendez-vous placés sur la route. Le voyage lui-même restait beaucoup plus vaste et beaucoup plus libre.

Isa et Manu devant le Fitz Roy
Isa et Manu en Polynésie
Isa et Manu en Argentine

Nous avons souvent pensé le voyage comme une composition de contrastes : lagons, déserts, montagnes, forêts, villes, routes, animaux, frontières et saisons.

Alors, quel pays avons-nous préféré ?

C’est presque une plaisanterie dans le monde du voyage au long cours. Lorsque l’on rentre après plusieurs années autour du monde, la première question que posent souvent ceux qui ont peu voyagé est : « Alors, c’était quoi votre pays préféré ? » La question n’est pas absurde. On peut y répondre sérieusement, par provocation, par une liste ou par une pirouette. Mais la réponse la plus juste est simple : cela dépend des critères.

Si l’on cherche l’image du paradis tropical, il est difficile, pour moi, de faire mieux que la Polynésie française, découverte lors de notre premier voyage. Si l’on cherche le territoire d’aventure, la Patagonie et l’Alaska s’imposent immédiatement, avec une préférence peut-être pour la Patagonie, plus spectaculaire encore. Si l’on cherche la photographie animalière, l’Afrique reste probablement imbattable. Etosha, s’il fallait choisir un seul parc, occuperait une place très particulière. Pour un voyage itinérant et autonome, le nord du Botswana, le parc Kruger ou encore plus simplement celui du Pilanesberg offrent aussi des possibilités exceptionnelles.

L’Amérique du Nord, elle, vaut par la variété, l’organisation et le spectacle, à condition d’accepter d’entrer dans une part de kitsch. Les États-Unis, surtout, savent mettre en scène leurs paysages, leurs mythologies, leurs personnages, leurs réussites techniques et leurs obsessions nationales. Quant à l’Asie centrale, elle offre autre chose : un dépaysement accessible par la route depuis l’Europe, malgré la difficulté du passage par la Russie ou l’Iran, et une mosaïque de pays en « stan » qui ouvre sur de très grands espaces.

Nos grands moments ne se résument pourtant pas à des pays. Ils tiennent souvent à la rencontre entre un lieu, une saison, une chance, une fatigue surmontée et notre présence commune. La nuit à Okaukuejo, les ours polaires à Churchill, les baleines à Guerrero Negro, les excursions au Fitz Roy et à Torres del Paine, la Puna argentine et notre ascension solitaire à la Mina Julia, l’éclipse américaine, les grizzlis d’Alaska, tout cela dépasse la logique du classement.

Nous avons aussi appris à ne pas accorder aux lieux touristiques plus d’importance qu’ils n’en méritent, sans pour autant les mépriser. Le Machu Picchu, le Grand Canyon, Times Square ou d’autres sites mondialement connus existent aujourd’hui avec leur organisation, leurs foules, leurs contraintes et leur part commerciale. Il serait vain de prétendre les voir comme s’ils n’avaient jamais été transformés par le tourisme. Nous les avons vus comme ils sont. Ce n’est ni bien ni mal. C’est simplement leur réalité contemporaine.

Notre véhicule : nous reprendrions presque le même

Avant un grand départ, une question revient sans cesse : faut-il absolument un 4x4 ? Faut-il un gros camion ? Faut-il un véhicule capable de franchir n'importe quel obstacle ? Après plusieurs années autour du monde, notre réponse est beaucoup plus simple que nous ne l'aurions imaginée avant de partir.

Si c'était à refaire, nous repartirions avec un véhicule très proche d'Oscar. Son format était presque idéal : environ cinq mètres de long, trois mètres de haut, suffisamment compact pour se faufiler partout, faire demi-tour facilement, rester discret et surtout demeurer léger lorsqu'il fallait le dégager du sable ou d'un terrain difficile. Nous n'avons jamais regretté ce choix.

Le 4x4 ne nous a finalement pas beaucoup manqué. Nous avons simplement adapté notre manière de voyager. Lorsque nous estimions qu'une piste dépassait raisonnablement les capacités du véhicule, nous faisions demi-tour ou modifiions notre itinéraire. Au final, nous n'avons pratiquement jamais eu le sentiment de nous priver de quelque chose d'essentiel.

En revanche, un peu plus de puissance moteur aurait parfois été appréciable, notamment dans certaines montées ou pour sortir plus facilement de pistes sableuses. Si je devais modifier Oscar avant un nouveau départ, je commencerais probablement par remettre son turbo en parfait état.

Nous avons également appris que certaines options sont beaucoup plus importantes qu'on ne le croit. Le chauffage est réellement utile lorsque l'on voyage toute l'année. Les toilettes à bord apportent une autonomie très appréciable. Une petite réserve d'eau permettant une toilette rapide suffit largement ; en revanche, l'eau chaude ne nous a jamais semblé indispensable.

Notre principal défaut venait finalement moins de la conception du véhicule que de son âge. Un utilitaire de plus de trente ans n'est jamais parfaitement étanche à la poussière. Malgré tous nos efforts, celle-ci finissait toujours par s'infiltrer. Les moustiques représentaient une autre difficulté. Nous avons fini par adopter une méthode très simple : les laisser entrer, puis utiliser une raquette électrique avant de dormir. Ce système, étonnamment, s'est révélé le plus efficace.

Avec le recul, mon seul véritable regret concerne les pièces de rechange. J'avais emporté trop peu de petites pièces critiques. Quelques roulements, des courroies, un croisillon de transmission ou certaines pièces légères auraient pu nous éviter plusieurs situations délicates. À l'inverse, transporter une deuxième roue de secours nous paraît aujourd'hui largement superflu. Nous n'en avons absolument jamais eu besoin, c'est à peine si la première nous a servi.

Enfin, nous avons découvert un phénomène auquel nous n'avions jamais réfléchi avant le départ : un véhicule devient rapidement un personnage. Oscar faisait partie de l'équipe. Nous l'avions personnalisé, décoré, couvert de stickers et de références à notre site. Les gens ne rencontraient pas seulement Isabelle et Manu ; ils rencontraient aussi Oscar. Le véhicule participe à l'image que l'on donne de soi. Un énorme camion d'expédition ne raconte pas la même histoire qu'un petit fourgon vieillissant. Nous n'avons jamais regretté l'histoire que racontait Oscar.

Isa et Manu à bord d'Oscar

Oscar n'était pas seulement un moyen de transport. Il est progressivement devenu le troisième membre de notre équipe.

Voyager autrement

Une des choses qui m'a le plus frappé est la différence profonde entre le voyage en véhicule aménagé en Europe et ailleurs dans le monde. Les deux pratiques utilisent parfois les mêmes véhicules, mais elles correspondent en réalité à deux activités presque opposées.

En Europe occidentale, les camping-cars sont partout. Ils occupent les stations balnéaires, les parkings, les routes touristiques et les petites villes. Je comprends parfaitement que certaines communes/personnes aient fini par développer une certaine lassitude. Ce tourisme-là ne nous a jamais vraiment attiré ni sans doute ressemblé, même si chacun est évidemment libre de voyager comme il l'entend.

Dès que l'on quitte l'Europe, tout change. En Zambie, au Pérou ou au Nicaragua, les véhicules aménagés restent rares. Ils suscitent la curiosité, souvent la sympathie. Les habitants viennent spontanément discuter. Les autres voyageurs deviennent immédiatement des compagnons potentiels de route. On retrouve alors une impression d'exploration qui a presque disparu chez nous.

Cette rareté s'explique assez facilement. Traverser un océan avec son véhicule représente un investissement important. Le transport maritime constitue une véritable barrière d'entrée. C'est précisément cette difficulté qui préserve encore beaucoup de régions du monde d'une fréquentation massive par les camping-cars européens.

Notre rythme

Nous avons souvent eu un rythme assez particulier, difficile à comparer à celui d'autres voyageurs. Certaines (rares) périodes étaient très statiques, lorsqu'un endroit nous plaisait particulièrement ou que nous étions immobilisés par une panne ou un problème administratif. D'autres, au contraire, nous voyaient parcourir plusieurs centaines de kilomètres en quelques heures.

Nos amis Émilie et Julien, rencontrés au Mangystau, l'ont parfaitement illustré. Pendant plusieurs jours nous avons exploré ensemble les mêmes paysages. Puis, presque sans transition, nous avons repris la route et nous nous sommes retrouvés deux cent cinquante kilomètres devant eux. Nous savions accélérer très fortement lorsque nous avions décidé d'avancer.

Ce rythme soutenu s'ajoutait à une contrainte invisible : nous produisions énormément de contenu. Photographies, montage vidéo, rédaction, réseaux sociaux occupaient pratiquement un mi-temps. Nous consacrions souvent une vingtaine d'heures par semaine à cette activité. Beaucoup de voyageurs prennent quelques photos souvenirs. Nous avions progressivement adopté une démarche presque acharnée. Non pour gagner notre vie, mais parce que nous voulions produire des contenus dont nous savions que nous n'aurions sans cela guère le courage ou l'occasion de rassembler plus tard. Cela demandait énormément de temps et produisait parfois un stress comparable à la tension professionnelle.

Avec le recul, je dirais donc que nous n'étions presque jamais en vacances. Le mot correspond en fait au contraire de ce que nous avons vécu. C'était une expérience de vie très intense, exigeante, parfois fatigante, mais extraordinairement riche.

La peur, les difficultés... et la réalité

Avant de partir, beaucoup de personnes nous demandaient si nous n'avions pas peur. Avec le recul, cette question me paraît révélatrice. La peur est probablement l'une des principales barrières qui empêchent de partir. D'une certaine manière, c'est aussi ce qui préserve encore certains territoires. Si tout le monde était convaincu que voyager ainsi est possible, ces routes seraient beaucoup plus fréquentées.

Isabelle et moi n'étions pas particulièrement téméraires. Nous étions simplement assez confiants: chacun en lui-même et son partenaire, mais aussi d'une certaine manière en notre bonne étoile. Nous faisions attention, nous évitions les situations manifestement dangereuses, nous ne recherchions pas le risque pour le plaisir de pouvoir dire que nous l'avions affronté.

Nous avons pourtant connu quelques situations objectivement engagées : les vallées des éléphants du désert en Namibie, la Dempster Highway jusque sur les rives de l'océan Arctique, la montée solitaire vers la Mina Julia à plus de 5 000 mètres, certaines pistes très isolées d'Afrique australe ou des Andes. Mais ces risques étaient essentiellement mécaniques ou liés à l'isolement. Ils n'avaient presque rien à voir avec l'insécurité humaine.

Sur ce point, notre expérience fut presque parfaite. En près de six années autour du monde, nous n'avons subi aucune agression, aucun braquage, aucun vol véritablement important. Nous avons parfois dû discuter avec des policiers un peu trop entreprenants, contourner quelques barrages, patienter devant des frontières fermées ou répondre à des demandes de bakchich. Nous avons aussi traversé des périodes compliquées pendant le Covid, connu des angoisses administratives, raté deux avions à cause de documents incomplets et attendu longtemps devant certaines douanes. Mais les difficultés furent presque toujours administratives, jamais violentes.

Nous avons peut-être eu de la chance. Il serait présomptueux d'en tirer une règle universelle. Mais notre expérience nous conduit tout de même à relativiser beaucoup de craintes que nous avions entendues à demi-mot avant de partir. En voyageant principalement dans les campagnes, les montagnes, les déserts et les espaces naturels, nous avons presque toujours eu le sentiment d'être plus sereins que dans certaines grandes villes européennes, et en tout cas beaucoup plus susceptibles d'y trouver de l'assistance en cas de problème. C'est une autre leçon de notre voyage : il ne sert à rien de vouloir tout maîtriser avant de partir, d'être un Dieu de l'organisation ou de la mécanique. Non, ce qui compte, c'est de savoir communiquer. Ecouter les conseils locaux, être ouvert aux suggestions ponctuelles, savoir demander de l'aide lorsque c'est nécessaire, aider soi-même lorsqu'on en a la possibilité.

Les difficultés existaient pourtant. Un aussi grand voyage n'est pas une simple partie de plaisir. Nous étions parfois malchanceux ou fatigués. Nous nous trompions. Nous nous découragions momentanément. Nous étions parfois de mauvaise humeur, tout simplement parce que nous étions des êtres humains vivant vingt-quatre heures sur vingt-quatre ensemble depuis plusieurs mois. Le voyage n'a jamais été une succession ininterrompue de moments merveilleux.

En revanche, il donnait une intensité particulière aux événements. Les contrariétés étaient plus fortes. Les émerveillements aussi. Avec le recul, cela me fait parfois penser à l'enfance : tout semble un peu plus neuf, un peu plus imprévisible, un peu plus important. Le voyage ne rend pas nécessairement la vie plus heureuse ; il la rend plus brute.

Nous n'avons jamais voyagé seuls

On nous demande parfois aussi si nous n'avons pas souffert de vivre constamment à deux. La réponse est non, mais sans doute parce que la question est mal posée.

Nous n'étions jamais enfermés dans notre couple. Nous étions heureux tous les deux, mais le voyage faisait constamment entrer d'autres personnes dans notre histoire. Les autostoppeurs d'abord. Nous en avons pris près d'une centaine autour du monde. Chaque trajet devenait une conversation, parfois de quelques kilomètres, parfois de plusieurs heures. Chacun apportait son histoire, ses projets, sa manière de voir le pays dans lequel il vivait ou voyageait.

Il y eut ensuite les autres voyageurs. Ceux rencontrés par hasard sur une piste, dans un camping, dans un bivouac, ou grâce aux réseaux d'entraide entre overlanders. Nous ne cherchions pas spécialement à vivre en groupe. Nous ne recherchions pas non plus la solitude. Nous acceptions simplement les rencontres lorsqu'elles se présentaient.

Certaines duraient une soirée autour d'un apéritif. D'autres se prolongeaient plusieurs jours, parfois davantage. Nous avons partagé quelques pistes, quelques repas, beaucoup de discussions. Nous nous sommes aussi fait des amis avec lesquels le contact a toujours été conservé.

Nos rôles s'étaient d'ailleurs répartis assez naturellement. J'allais souvent engager la conversation, peut-être parce que je parlais un peu plus facilement anglais. Isabelle, elle, avait un talent extraordinaire pour transformer cette première rencontre en véritable moment de convivialité. Nous nous complétions sans jamais avoir vraiment réfléchi à cette répartition.

Le voyage a également changé entre 2016 et 2025. Les réseaux mobiles se sont développés partout. Les communications sont devenues simples et peu coûteuses. Vers la fin, nous restions plus facilement en contact avec nos filles, nos familles, nos amis, mais aussi avec les personnes qui suivaient notre chaîne YouTube. Nous étions très loin sans être réellement coupés du monde.

Avec le recul, je crois que nous avons trouvé presque spontanément notre bon niveau de sociabilité. Ni trop, ni trop peu. Nous n'avons jamais souffert d'isolement, et nous n'avons jamais ressenti le besoin de nous éloigner durablement des autres.

Le voyage d'une vie

Lorsque nous sommes partis, nous pensions vivre une période de transition. Aujourd'hui, avec le recul, je crois que nous avons vécu bien davantage : une période de redéfinition.Nous sommes partis pour voir le monde. Nous en sommes revenus en nous connaissant beaucoup mieux nous-mêmes.

Ce qui me frappe le plus lorsque je regarde ces années n'est finalement ni le nombre de pays traversés, ni les kilomètres parcourus, ni même les paysages extraordinaires que nous avons eu la chance de découvrir. Tout cela compte, bien sûr, et nous avons pu en nourrir une modeste mais légitime fierté. Ce voyage ne nous est pas tombé du ciel. Il a fallu le préparer pendant des années, économiser, travailler, apprendre, persévérer et parfois accepter de continuer alors que la fatigue ou les difficultés auraient pu nous faire renoncer. Mais ce n'est pas cela qui lui donne aujourd'hui sa véritable valeur.

La véritable réussite de cette aventure est ailleurs. Pendant toutes ces années, les professions, la maison, les habitudes, les horaires, les obligations sociales ont progressivement disparu de notre quotidien. Il est resté une équipe : Isabelle, Oscar et moi. Nous avons appris à vivre presque continuellement ensemble. À décider ensemble. À résoudre les problèmes ensemble. À nous émerveiller ensemble. Tout cela en étant beaucoup plus proches, affectivement mais aussi physiquement, que bien des couples sédentaires ne le sont de toute leur vie. Pendant des années, nous avons vécu presque 100% du temps à moins de deux mètres l'un de l'autre 24 heures sur 24. Qui peut en dire autant ?

Notre chaîne YouTube est née presque par hasard, simplement pour donner des nouvelles à nos proches. Puis elle est devenue autre chose. Nous avons commencé à construire ce duo qu'étaient « Isa et Manu ». Nous pensions créer deux personnages. En réalité, c'est exactement l'inverse qui s'est produit. Peu à peu, ces personnages sont devenus nous. Ou plus exactement, ils nous ont aidés à devenir plus complètement nous-mêmes. Nous pensions initialement raconter notre voyage. En réalité, sans nous en rendre compte, nous étions en train de nous raconter nous-mêmes, comme cela est particulièrement apparent derrière l'apparente légèreté de nos bétisiers de fin d'année.

C'est sans doute pour cela que les personnes qui nous rencontraient après avoir suivi la chaîne nous disaient presque toutes la même chose : « Vous êtes exactement comme dans vos vidéos. » Elles avaient raison. Nous ne jouions pas un rôle. Nous avions simplement fini par comprendre les rôles qui étaient effectivement les nôtres, sans qu'on le sût aussi clairement, depuis des années. Je ne prétends évidemment pas que le voyage produise cet effet chez tout le monde. Nous avons rencontré des couples qui se sont séparés, des familles qui ont traversé des crises, des voyageurs qui ont reconnu que cette expérience avait mis au jour des fragilités qu'ils ne soupçonnaient pas. Le voyage est peut-être avant tout un révélateur. Dans notre cas, il nous a révélé à nous-mêmes.

C'est la raison pour laquelle ce site porte, en page d'accueil, le sous-titre Le voyage d'une vie. Non parce que le voyage serait la seule manière de réussir sa vie. Non parce qu'il faudrait faire le tour du monde pour être heureux. Mais parce que, pendant ces quelques années, Isabelle et moi avons eu le sentiment très rare de vivre exactement la vie qui nous correspondait.

Nous étions partis découvrir le monde. Nous y avons surtout découvert qui nous étions.

Un jour qui restera peut-être à jamais non daté, sans doute entre 1980 et 1986, j'ai ajouté à ma liste de citations préférées, qui n'était pas encore tenue sur support informatique à l'époque, la maxime suivante :"Le cheval le plus rapide du monde, que trouve-t-il au bout de sa course ? Lui-même". Je ne savais pas à quel point cette phrase s'appliquerait, quarante ans plus tard, à moi plus qu'à aucun autre.

Isa et Manu

Pendant toutes ces années, nous avons surtout photographié les paysages, les animaux, les routes et les pays traversés. Mais en réunissant les images de ce bilan, il apparaît assez clairement que les plus importantes sont peut-être celles où nous sommes simplement tous les deux.

Isa et Manu
Isa et Manu
Isa et Manu
Isa et Manu en scooter
Isa et Manu en bateau
Isa et Manu
Isa et Manu
Isa et Manu
Isa et Manu
Isa et Manu à Uluru
Isa et Manu
Isa et Manu
Isa et Manu
Isa et Manu
Isa et Manu
Isa et Manu
Isa et Manu
Isa et Manu
Isa et Manu avec des lions
Isa et Manu
Isa et Manu
Isa et Manu au cercle arctique
Isa et Manu
Isa et Manu
Isa et Manu
Isa et Manu
Isa et Manu
Isa et Manu en kayak
Isa et Manu
Isa et Manu dans Oscar
Isa et Manu à Yellowstone
Isa et Manu
Isa et Manu avec d’autres voyageurs
Isa et Manu
Isa et Manu
Isa et Manu
Isa et Manu
Isa et Manu dans Oscar
Isa et Manu dans Oscar
Isa et Manu
Isa et Manu
Isa et Manu
Isa et Manu devant un glacier
Isa et Manu à Times Square
Isa et Manu
Isa et Manu
Isa et Manu
Isa et Manu
Isa et Manu
Isa et Manu
Isa et Manu
Isa et Manu
Isa et Manu avec d’autres voyageurs
Isa et Manu
Isa et Manu
Isa et Manu
Isa et Manu avec Oscar
Isa et Manu
Isa et Manu
Isa et Manu avec Oscar
Isa et Manu
Isa et Manu
Isa et Manu
Isa et Manu
Isa et Manu dans Oscar
Isa et Manu
Isa et Manu
Isa et Manu
Isa et Manu
Isa et Manu à Yellowstone
Isa et Manu en Alaska
Isa et Manu
Isa et Manu
Isa et Manu
Isa et Manu
Isa et Manu
Isa et Manu
Isa et Manu en Polynésie
Isa et Manu
Isa et Manu devant le Fitz Roy
Isa et Manu
Isa et Manu
Isa et Manu
Isa et Manu
Isa et Manu
Isa et Manu
Isa et Manu
Isa et Manu
Isa et Manu
Isa et Manu

Quelques visages parmi plusieurs milliers de souvenirs. Au fil des années, nous avons photographié le monde ; ces portraits racontent surtout l’histoire de ceux qui le traversaient.